13 octobre 2009
EPAD : Sarkozy et fils, maison de qualité
Juste pour la beauté de la chose, je ne résiste pas à vous citer un extrait du discours qu'a tenu aujourd'hui le Président à propos de la réforme des lycées : " (parlant de la création du lycée par Napoléon) Cela voulait dire que désormais ce qui compte en France pour
réussir ce n'est plus d'être “bien né” ; pour réussir, c'est travailler
dur et avoir fait la preuve, par ses études, par son travail, de sa
valeur. " (oui, la syntaxe est déplorable ; on appelle ça le français d'après)
Pour en lire plus, allez par là.
14 juillet 2009
Gloire à notre bien-aimé leader
Vous me direz qu'il faut être un peu masochiste pour regarder un docu entièrement consacré à Sarkozy. Je reconnais qu'il y a sans doute de meilleures façons de passer la soirée, mais franchement, Joséphine ange gardien, très peu pour moi.
Et puis le président ayant annoncé qu'il n'y aurait pas d'interview du 14 juillet, je me suis dit qu'il allait peut-être profiter de l'occasion pour dire des choses. Et je me suis donc tapé "A visage découvert" sur France 5.
Mais j'avoue avoir vite déchanté. Car j'avais oublié une chose fondamentale : les journalistes politiques français sont trop bien élevés pour se permettre de poser des questions déplacées au président de la république. Sauf si on considère que « D'où vous vient cette énergie permanente ? » est une question coup de poing.
Un exemple intéressant : l'émission s'intéressant surtout à la politique étrangère de la France, il était inévitable qu'elle aborde le changement de cap radical entre Sarkozy, le candidat droit-de-l'hommiste, et Sarkozy le président pote avec la Lybie, la Syrie et la Chine (pour résumé, voyez cet ancien billet).
Alors oui, l'émission a bien abordé la question. Mais pas avec Sarkozy. Non. Les journalistes Christian Malard et Bernard Vaillot se sont par contre donné beaucoup de mal pour nous expliquer que la politique menée par notre président était la seule possible. Et sur la suppression du secrétariat aux droits de l'homme de Rama Yade ? Rien. Pour tout dire, son nom n'a même pas été prononcé (pas plus que celui de son ministre de tutelle, Bernard Kouchner inventeur du devoir d'ingérence dans une autre vie. Notons au passage que faire toute une émission sur la politique internationale de la France sans parler du ministre des affaires étrangères, ça relève quand même de l'exploit).
Chaîne de la connaissance, France 5 a fait preuve avec ce film d'une louable volonté pédagogique, puisque nos deux journalistes se sont également appliqué à nous expliquer pourquoi le retour dans l'OTAN c'est bien, pourquoi la présidence française de l'UE c'est la mieux de toute l'histoire, pourquoi le rapprochement avec les USA c'est bien, pourquoi l'Union pour la Méditerranée c'est bien, bref, pourquoi tout ce que fait notre président, c'est bien. Et même qu'en plus, c'est un gars formidable. La preuve, Tony Blair, Gordon Brown, Angela Merkel, Henri Guaino et Claude Guéant ne cessent de nous le répéter.
Seul bémol, un journaliste britannique a réussi à glisser que malgré l'énergie déployée par notre leader sur le conflit géorgien, la situation là-bas était toujours aussi tendue. Je ne m'explique comment ce monsieur a pu se faufiler entre les ciseaux du monteur, mais rassurez-vous, ce bémol n'est pas parvenu aux oreilles du président car MM Malard et Vaillot se sont bien gardés d'aborder ce sujet.
Un documentaire édifiant, donc. Mais ça ne s'arrête pas là. Bien décidé à continuer sa politique de rupture, le président veut dépoussiérer cette vieille tradition qu'est le 14 Juillet pour la transformer en Jour du Président. Ainsi, après l'hagiographie du Président Diplomate diffusée sur Pravda 5 hier soir, Pravda 2 rendra hommage au Président Chef des armées ce soir. Il sera en effet interviewé par nul autre que Michel Drucker, grand spécialiste du cirage du pompe s'il en est.
Pas en reste, la télévision privée a obtenu l'immense privilège d'être reçue au Palais par la Mère de la nation en personne, qui leur a même fait l'honneur de leur ouvrir son bureau (oui, Carla a un bureau à l'Elysée. Ce qu'elle y fout, ça, je saurais pas vous dire. D'après ce que j'ai compris du reportage de TF1, elle a un gros téléphone pour pouvoir discuter avec son mari).
Heureusement, pour ceux qui souhaitent se changer les idées, le ministère de la culture nous offre un beau cadeau : le concert au Champ de Mars d'un vieil ami du président, le résident suisse Johnny Hallyday.
12 juin 2008
Boire le calice jusqu'à la lie
Vous le savez, s'il y a une chose que j'aime encore plus que râler, c'est vous faire partager mes râleries. Et j'ai du bol, avec l'individu que les Français ont eu l'étrange idée d'installer à l'Elysée l'année dernière, j'ai de quoi râler jusqu'en 2012 (au moins).
Mais quelle est donc la nouvelle invention de notre président, et néanmoins chanoine, qui justifie mon courroux du jour, vous demandez-vous avec impatience et, j'en suis sûr, un brin d'appréhension ?
Eh bien voilà, comme vous
le savez, le hobby de notre chanoine c'est de collectionner les
dictateurs. Mais après que son ami Kadhafi l'ait poignardé
dans le dos en rejetant son grand projet d'Union de la Méditerranée
(projet dont personne, de Berlin à Tripoli, ne veut vraiment),
notre chanoine avait perdu la plus belle pièce de sa collec,
et il était bien triste, car il s'était donné
beaucoup de mal pour l'acquérir. Souvenez-vous, le Guide avait
exigé pour entrer dans la galerie du président que la
France se prête sur sa personne à des activités
buccogénitales répugnantes, en un mot, qu'elle lui
lèche les boules comme il faut, et notre bien-aimé
leader s'était exécuté sans sourciller, quitte à
devenir la risée du monde occidentale, et à prouver à
tous qu'il n'avait pas plus de sens de l'honneur que de bon goût
en général. Heureusement, le chanoine n'est pas homme à
se décourager et à pleurer sur son sort sans réagir
; il a donc décidé de l'acquisition d'un nouveau
dictateur, et non des moindres puisqu'il s'agit du sympathique Bachar
el-Assad, président de la république de Syrie
(attention, en syrien, « président de la
république » est un faux-ami. Si, en français,
l'expression veut dire « chef de l'Etat ayant été
élu démocratiquement », le sens de
« président de la république » en
syrien serait plutôt : « mon père est arrivé
au pouvoir suite à un coup d'état, il a instauré
un régime dictatorial et à son décès,
j'ai repris l'affaire familiale, sans demander l'avis de personne, vu
que nous, on est pas des tapettes de démocrates ».)
Vous le connaissez forcément, il est (fortement) soupçonné
d'avoir commandité l'assassinat de Rafic Hariri, premier
ministre libanais. Soit dit en passant, notre président était
d'ailleurs au Liban il y a quelques jours pour rappeler l'amitié
qui lie nos deux pays. (Être ami avec la victime et aller
tailler des pipes à l'assassin (présumé), c'est
sans doute ça la nouvelle politique étrangère de
la France.)
Mais voilà, comme on le
sait, pouvoir compter un dictateur parmi ses potes demande un certain
nombre d'efforts. Et le petit Nicolas avait placé la barre
haut après les pathétiques génuflexions exigées
par Kadhafi et après avoir osé déclarer que la
Tunisie avait fait des vaches de progrès en matière de
droits de l'homme. Qu'allait-il donc bien trouver pour séduire
Bachar ?
Vous devinerez jamais.
(Sauf si vous avez écouté
les infos, bien sûr.)
Allez quoi, cherchez un peu.
A votre avis, jusqu'où le
chanoine est-il prêt à aller pour ajouter un dictateur à
son carnet d'adresses ?
Bon, je crache le morceau :
Bachar est invité à assister au défilé du
14 juillet !
Waouh. Comment le chanoine se
démerde-t-il pour être à chaque fois aussi
surprenant. Comme le dit si bien le roi Arthur dans Kaamelott :
« C'est systématiquement débile, mais c'est
toujours inattendu » (ou quelque chose comme ça,
Louise me corrigera).
Je vous avoue que je ne
comprends pas ce qui peut bien se passer dans la tête de notre
président.
Est-il fou, tout simplement, ou
alors déteste-t-il viscéralement la France et son
identité nationale (c'est l'hypothèse la plus probable,
on l'a bien vu sur des questions telles que la laïcité,
ou la durée légale du temps de travail), ou bien a-t-il
un sens de l'humour particulièrement tordu, que ne
comprendront que nos lointains descendants ? Peut-être est-il
en fait une sorte de crypto-dadaïste, peut-être
révélera-t-il à la fin de son mandat que tout
cela n'était qu'un énorme happening. Peut-être.
Ou peut-être, et c'est
sans doute l'hypothèse la plus inquiétante, ne se
rend-il tout simplement pas compte de ce qu'il fait. Peut-être
ne voit-il rien de choquant dans le fait d'inviter non pas un seul,
mais toute une floppée de dictateurs (Bachar el-Assad, Ben
Ali, Moubarak...) à fêter la prise de la Bastille,
événement qui, peut-être n'est-il pas au courant,
déclencha la Révolution. Cette révolution qui
proclama les Droits de l'Homme et du Citoyen, texte que les amis du
président seraient bien inspirés de parcourir, à
l'occasion.
Les plus indulgents d'entre vous
n'y verront sans doute qu'une preuve de plus de l'effarant mauvais
goût de notre président. Pour ma part, ça me fout
la gerbe, et je déconne pas. Comprenez bien que le défilé
du 14 juillet ne m'intéresse pas une seule seconde. Voir
marcher des soldats et rouler des gros blindés, ça ne
m'excite pas vraiment. Mais là n'est pas la question. Le
problème, ce n'est même pas que ce soit le président
de « l'identité nationale » qui insulte
de la sorte l'événement fondateur de notre identité
nationale. Ca, c'est juste risible. Non, ce qui est répugnant
c'est de voir le président de la République se torcher
le cul avec les valeurs sur lesquelles s'est (difficilement)
construite notre république depuis deux cents ans, et que, de
par sa fonction, il est censé défendre et incarner.
Et c'est là que je regrette le peu d'audience de ce blog. Si j'étais plus lu, j'aimerais lancer un appel au boycott du défilé du 14 juillet, qu'aucun Français ne se rende sur les Champs Elysées ou n'allume sa télé, que le président comprenne que s'il veut nous humilier, c'est son problème, mais qu'il ne compte pas sur notre aide.
30 avril 2008
Un an de tolérance, de liberté, de démocratie et d'humanisme
"Je veux lancer un appel à tous ceux qui dans le monde croient aux valeurs de tolérance, de liberté, de démocratie et d'humanisme, à tous ceux qui sont persécutés par les tyrannies et par les dictatures, à tous les enfants et à toutes les femmes martyrisés dans le monde pour leur dire que la France sera à leurs côtés, qu'ils peuvent compter sur elle."
Nicolas Sarkozy, 6 mai 2007

Nicolas Sarkozy et Hu Jintao, Pékin, novembre 2007
Nicolas Sarkozy et Mouammar Kadhafi, Paris, décembre 2007
Nicolas Sarkozy et Ben Ali, Tunis, avril 2008
24 février 2008
La nef des fous
Maintenant que je suis à peu près installé, je vais pouvoir reprendre ce pauvre blog laissé à l'abandon. Quand j'aurai le temps, je vous ferai visiter mon nouvel appart, mais là, l'actualité est trop riche pour que je passe à côté.
(Je vous préviens, ça va être long et plutôt sec.)
Ces dernières semaines, notre chanoine de président a déployé des efforts surhumains pour prouver au monde qu'il était fou. Bon, pour ma part, je m'en doutais depuis pas mal de temps, mais je dois reconnaître qu'il parvient toujours à me surprendre. On a l'impression que chaque matin, en se rasant, il se demande ce qu'il va bien pouvoir inventer comme nouvelle absurdité, histoire de se décrédibiliser un peu plus. C'est comme si sa seule ambition était de faire comprendre à ceux qui en douteraient encore qu'il est complètement cinglé.
Tenez, voyez le dernier exemple en date, entendu au réveil ce matin. Alors que le chanoine participait à cette étrange tradition de la vie politique française qui consiste à aller tâter de la vache porte de Versailles (sous l'Ancien Régime, on appelait ça « flatter le bouseux »), un quidam refusa de lui en taper cinq et lui tourna le dos, arguant qu'entretenir un contact physique avec notre chanoine le « salirait ». Et avec ce sens de la répartie qui a toujours fait la fierté du bel esprit français, le petit Nicolas de rétorquer tout de go « Casse-toi, casse-toi alors! Pauvre con va... » (sic) Si le refus de cet illustre inconnu de serrer la louche du chanoine est tout à fait respectable, on peut certes trouver un peu cavalière sa façon de motiver son acte. S'entendre dire « Ah non, touche moi pas, tu me salis » n'est sans doute pas très agréable, mais entendre un président de la république traiter un de ses administrés de « pauvre con » fait tout de même une drôle d'impression. Mais après tout, le chanoine était déjà vulgaire dans sa façon d'être et de s'exprimer, il est normal que son vocabulaire se mette au niveau.
Cette anecdote pitoyable ne doit cependant pas faire oublier le tas d'absurdités bien plus graves de ces derniers jours. On ne sait d'ailleurs pas très bien par quoi commencer. Peut-être par ces histoires de procès qui montrent que le chanoine est bien un pur produit de l'époque, dégainant son avocat à tout bout de champ, que ce soit parce que, alors ministre de l'intérieur, on a comparé sa politique avec celle de Vichy, ou parce qu'un journaliste a farfouillé dans les SMS de son ex-femme. Au sujet de cette judiciarisation des rapports entre l'Elysée et la presse, plusieurs points cocasses méritent d'être soulignés. D'abord, il est bon de rappeler la façon dont le chanoine, la voix vibrante d'émotion, avait défendu la liberté de la presse lors de ses voeux il y a un mois. Notre Tartuffe était même allé jusqu'à affirmer préférer « l'excès de presse plutôt que l'absence de presse ».
Il est également savoureux de penser que si le président peut s'amuser à poursuivre qui il veut, il est lui-même protégé par son immunité. En somme, cet ancien avocat devenu chanoine est au-dessus des lois, mais entend bien les utiliser en cas « d'excès » de cette presse qu'il respecte tant.
Si je rappelle ici qu'avant d'être président de la république et chanoine de Latran, le petit Nicolas avait un vrai métier, avocat, ce n'est pas innocent. Car visiblement, il aurait sérieusement besoin de cours de rattrapage en matière de droit. Je vais pas entrer dans le détail du droit constitutionnel (j'en serais de toute façon bien incapable), mais, pour résumer, le Conseil Constitutionnel a en partie censuré la loi absurde sur la rétention de sûreté (qui permettrait d'incarcérer ad vitam des condamnés ayant pourtant fini de purger leur peine). Ce qui n'a pas plu aux sages, c'est une violation du principe de non rétroactivité, principe à la base du droit français.
Or, d'après la Constitution, une fois que le Conseil a donné son avis, il ne peut y avoir aucun recours, ce qui est logique, vu que le boulot du Conseil est précisément de dire ce qui est constitutionnel et ce qui ne l'est pas. Mais l'actuel président ne s'intéresse pas beaucoup à la Constitution. Il va donc demander à la cour de cassation d'étudier toutes les façons possibles de faire quand même passer sa loi.
Toutes ces histoires paraissent bien techniques mais dans les faits, ce qui est en train de se passer est plutôt grave puisque le président a pris la décision de bafouer l'article 62 de la Constitution « Une disposition déclarée inconstitutionnelle ne peut être promulguée ni mise en application. Les décisions du Conseil Constitutionnel ne sont susceptibles d'aucun recours. Elles s'imposent aux pouvoirs publics et à toutes les autorités administratives et juridictionnelles. » Du coup, il bafoue aussi l'article 5: « Le Président de la République veille au respect de la Constitution ». Et tout ça avec l'aval de la ministre de la justice. Pour en finir avec cette bonne vieille Constitution, un article qui laisse rêveur: « Le Président de la République ne peut être destitué qu'en cas de manquement à ses devoirs manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat. » Je sais pas vous, mais pour moi, si contourner la Constitution n'est pas un manquement aux devoirs du président de la république, je vois pas ce que c'est.
Quand il n'est pas occupé à trouver un moyen de contourner la Constitution, le président, on le sait, aime à jouer les ministres de l'éducation. Hélas pour nos enfants, le chanoine a plein de bonnes idées pour l'école, et il ne se prive pas de nous en faire profiter. Dernière en date, faire parrainer des enfants morts par des élèves de CM2. Voilà bien le grand chantier prioritaire de l'éducation, la mesure la plus urgente à prendre pour résoudre les problèmes de l'école. Louons la vision géniale de notre chanoine, remercions-le de nous faire partager ses fulgurances visionnaires qu'il daigne lâcher ici et là, à charge ensuite pour ses apôtres de les interpréter et de les appliquer.
Et après Guy Môquet au collège et les enfants victimes de la Shoah en primaire, que va-t-il nous trouver pour la maternelle ? Puisque le but c'est que les enfants s'identifient aux déportés, je propose qu'ils passent leur scolarité en pyjamas rayés, frappés de l'étoile jaune, un matricule tatoué sur le bras. (Je ne devrais pas dire ça, un conseiller du président pourrait tomber dessus et s'emparer de l'idée.) Si encore ce genre d'obscénités n'était que le fruit de l'esprit malade du chanoine, on le laisserait délirer dans son coin et on continuerait notre petite vie. Mais le pire c'est que si la santé mentale du président ne fait plus de doutes, on commence à se rendre compte que son entourage ne vaut pas mieux.
Tenez, sur toute cette histoire répugnante autour de la mémoire de la Shoah, on a découvert que Xavier Darcos aussi disait n'importe quoi. Le ministre de l'éducation a en effet déclaré le plus sérieusement du monde: « Un lycéen sur deux ne sait pas ce qu'est la Shoah ». On savait que ce gouvernement n'avait pas beaucoup de respect pour les profs (comme le disait le chanoine, un prof vaut pas un curé), mais que leur ministre les insulte de la sorte me laisse pantois. Je sais bien que les programmes de l'éducation nationale changent régulièrement, mais de mon temps, il y a une dizaine d'années, la deuxième guerre et la Shoah étaient au programme de troisième. Pour tout dire, j'ai même des souvenirs très précis de cours sur la Shoah, mon prof d'histoire nous expliquant qu'il n'emmenait plus de classes à Auschwitz car les collégiens n'étaient pas assez mûrs émotionnellement pour ça. En fait, plutôt que d'essayer de nous terroriser, de nous forcer à avoir une réaction émotionnelle face à un fait historique, autrement dit, de faire de la mémoire, il préférait faire de l'histoire.
Donc déjà, il paraît impossible qu'un élève arrive en seconde sans avoir entendu parler de la Shoah à l'école. Il faut donc en conclure que si c'est le cas, comme l'affirme le ministre, c'est soit que les profs ne font pas leur travail, soit que les élèves n'écoutent pas en classe. Mais même en admettant la possibilité qu'un collégien n'ait pas entendu parler de la Shoah à l'école, est-il possible qu'il ne connaisse ni La liste de Schindler de Spielberg, ni La vie est belle de Benigni, ni M. Batignole de Jugnot, ni Le pianiste de Polanski, ni Anne Franck, etc, etc. Sans parler des émissions télé, des commémorations et j'en passe. Bref Darcos dit n'importe quoi et sort des chiffres de son chapeau pour justifier l'idée du président. A une époque on aurait appelé ça de la propagande.
Mais qu'il se rassure, le ministre de l'éducation n'est pas le seul à délirer dans les médias. Parmi les conseillers du chanoine, qu'on entend de plus en plus donner leur avis sur tout, on connaissait déjà Guaino, fameuse plume du président, et auteur de l'aberrant discours de Dakar, ahurissante justification du devoir colonisateur de l'occident. On a découvert récemment Emmanuelle Mignon, directrice de conscience du chanoine, responsable de ses discours de Latran, Ryad et de celui du CRIF (celui où le président nous a fait part de son projet « un petit juif mort pour chaque écolier »), pour qui les sectes sont un « non-problème ». C'est une déclaration stupide mais qui va dans le même sens que celle de la ministre de l'intérieur visant à remettre en cause l'existence de la Miviludes. Et Guaino d'en rajouter une couche (mais bon sang, qui s'obstine à lui demander son avis ?), affirmant que « la laïcité, ce n'est pas le combat contre les religions, c'est le respect de toutes les croyances ». Dans le contexte de la polémique sur les sectes, on se demande ce qu'il entend exactement par « toutes les croyances ». En tout cas, et c'est un signe qui ne trompe pas, la scientologie se félicite que « la France évolue dans le bon sens ». Ca fait froid dans le dos.
Impossible de finir ce bref tour d'horizon du n'importe quoi édifié en méthode de gouvernement sans citer Rama Yade. J'avais bien aimé ses déclarations sur la visite de Khadafi, mais hélas, elle aussi a été atteinte par l'épidémie de folie qui rôde actuellement dans les allées du pouvoir. D'abord en insultant les journalistes ayant commis la lourde faute de critiquer le chanoine: « On a l'impression de voir des charognards, c'est une véritable chasse à l'homme. Il n'y a pas de morale. » Voir la secrétaire d'état aux droits de l'homme s'en prendre à la liberté de la presse était déjà un triste spectacle, mais on pouvait se dire qu'elle ne faisait que prendre exemple sur son président. Seulement, elle est allée plus loin dans l'insulte en s'en prenant cette fois à la gauche: « Cette gauche qui dit défendre les modestes, les minorités et les immigrés, c’est cette gauche qui s’en prend à moi, (…) parce que je suis noire. » Rien que ça.
On pourrait aussi évoquer le drame shakespearien qui s'est joué à Neuilly autour du brave Martinon, ou la déclaration d'une rare stupidité de Carla Bruni disant, en parlant du site du Nouvel Obs, "Si ce genre de sites avait existé pendant la guerre, qu'en aurait-il été des dénonciations de juifs?" (décidément, il fait pas bon être journaliste ces temps ci), mais je n'en ai plus la force. Cet article est déjà beaucoup trop long, mais qu'est-ce que vous voulez, fallait que ça sorte. Nous vivons un moment étrange, le pouvoir est devenu totalement fou et incohérent, et il devient difficile de trouver encore la force d'en rire. On a beaucoup comparé le chanoine à Napoléon, puis, en se rendant compte qu'il n'avait pas les épaules pour supporter la comparaison, on s'est rabattu sur Napoléon III. Mais là encore, c'est une erreur. Sarkozy est Ubu. Gonflé de sa propre importance, il réunit en lui tout le ridicule et l'absurdité du monde. Je me prends à rêver de ne pas être Français, pour pouvoir en rire comme nous avons pu le faire de Bush ou Berlusconi, mais je suis là, forcé d'assister à la folerie vulgaire qu'est devenu le pouvoir. Pauvre France, va.
17 janvier 2008
Une aventure rocambolesque du chanoine de Latran
J'étais parti dans l'idée de vous faire un post ennuyeux à mourir sur la volonté qu'a notre chanoine de président de se débarrasser d'une part fondamentale de l'identité nationale française, à savoir, la laïcité. Et puis j'ai préféré faire ça :
23 octobre 2007
De Guy se Môquet-on ?
Après avoir trouvé l'affligeant jeu de mot qui me sert de titre, je me suis dit qu'il allait falloir que je me fende d'un billet sur le sujet. Vous savez, la lettre, tout ça, vous avez bien dû en entendre parler, vue l'hystérie médiatico-politique (j'adore ce genre d'expressions) autour de ce non-évènement (en fait, dès qu'un mot est composé, il devient vachement classe).
En plus, c'est l'occasion de coller à "l'actualité" (la mort d'un mec y'a 60 ans, c'est une sacrée actu, c'est sûr). Et puis, y'aura toujours des types pour taper "Guy Môquet" dans Google et échouer ici.
Mais finalement, après avoir longuement réfléchi, je me suis rendu compte que j'en avais strictement rien à foutre de cette histoire.
03 juin 2007
Gouvernement d'ouverture

Quant à ceux qui se plaindraient de la qualité de l'image, je ne pourrais qu'abonder dans leur sens, tout en déplorant que la Présidence ne mette pas à la disposition des citoyens une photo du gouvernement digne de ce nom.
06 mai 2007
Cinq ans ferme







