Dimanche 14 novembre 2010. 20h15, heure de Paris.

Du monde entier, les médias ont accouru pour prendre place dans la cour de l'Élysée. À la demande expresse des astronautes, l'événement sera même retransmis en direct vers la station spatiale internationale. L'enjeu est de taille : après six mois d'un suspens insoutenable, des milliards de téléspectateurs retiennent leur souffle et attendent la réponse à cette question qui paralyse la planète depuis mai : quelle va-t-être la composition du nouveau gouvernement français ?

Après le coup de théâtre du matin, annonçant contre toute attente le maintien de François Fillon au poste de premier ministre, les plus fameux éditorialistes du monde se perdent en conjectures : Borloo peut-il rester ? Et qui pour remplacer Bussereau au secrétariat d'État aux transports ? Il se murmure que Copé aurait refusé l'Intérieur, mais s'il prend la tête de l'UMP, qui lui succédera à la présidence du groupe UMP ?

De Washington à Pékin, en passant par Moscou ou Ouagadougou, un silence de mort s'installe alors que Claude Guéant s'avance sur le perron de l'Élysée, une feuille à la main.

Dans les palais gouvernementaux comme dans les troquets, chacun sent qu'il s'apprête à vivre un moment historique, chacun sait que toute sa vie il se souviendra d'où il était lorsqu'il apprit la composition du gouvernement Fillon 3.

Pour beaucoup, la pression est trop forte. On se cache les yeux pour ne pas éclater en sanglot, certains cas d'évanouissement sont recensés, mais ni la police ni les services médicaux ne peuvent se déplacer, fixés qu'ils sont à leur poste de télé.

Conscient d'être face à l'Histoire, Claude Guéant, très digne mais la gorge un peu serrée, commence à égrener les noms tant attendus.

GUEANTREMANIEMENT

Le jour où la Terre s'arrêta

Alain Juppé à la Défense ! sans être une réelle surprise, cette confirmation d'une rumeur persistante provoque une immense vague de satisfaction. Partout, on salue le fait que la carrure d'homme d'État du maire de Bordeaux soit reconnue à sa juste valeur. Les journalistes sur place ne peuvent s'empêcher d'applaudir. Mais cependant on s'interroge : Juppé à la Défense, mais alors quid d'Hervé Morin ?!

Pas le temps de se poser trop de questions ; implacable, maître de ses émotions, Claude Guéant poursuit.

MAM au Quai d'Orsay ! Les chancelleries applaudissent, des scènes de liesse, plutôt inhabituelles dans le milieu feutré de la diplomatie, ont lieu dans toutes les ambassades. Enfin, Michèle Alliot-Marie accède au dernier ministère régalien qu'elle n'avait pas encore occupé. C'est une Hillary Clinton en pleurs qui se rue sur son téléphone pour être la première à féliciter sa nouvelle homologue. Dans la cour de l'Élysée, les journalistes, comme électrisés, lancent une ola. Le monde est rassuré, ce remaniement s'annonce à la hauteur des plus folles espérances.

Ce sentiment est confirmé lorsque Nathalie Kosciusko-Morizet est annoncée au ministère de l'Écologie. Aussitôt, Greenpeace se fend d'un communiqué historique : « Notre combat a finalement abouti, c'est le plus beau jour de notre vie ! ». À cette annonce, le Japon déclare qu'il renonce à la pêche à la baleine, tandis que les principaux groupes pétroliers décident de consacrer les trois quarts de leurs revenus au développement des énergies propres.

À la télé, Claude Guéant, imperturbable, lâche alors la véritable bombe de cette soirée. Bien malin celui qui aura remarqué la très discrète goutte de sueur qui perle à son front. Avec un accent gaullien, la bouche sèche, il annonce d'une voix grave : « Monsieur Michel Mercier, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et des Libertés. »

chat_omg

Ça tu peux le dire, kitty.

On imagine sans peine la stupeur qui s'abat alors sur le monde. Ce coup-là, personne ne l'avait vu venir. Après un instant de silence, le temps pour chacun de digérer l'incroyable nouvelle, c'est une explosion de joie sans équivalent dans l'Histoire qui s'empare de la planète.

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Un exemple au hasard, en Inde.

Partagés entre l'excitation et l'émotion, les gens sortent dans les rues hurler leur bonheur.

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Zang !

Place Tien An Men, un rassemblement improvisé réunit plusieurs milliers de personnes qui fraternisent spontanément avec l'armée. Après avoir décrété trois jours de fête nationale, le parti communiste annonce la libération de tous les prisonniers politiques et l'ouverture de négociations afin de rédiger une nouvelle constitution qui garantira les libertés fondamentales. Des scènes similaires ont lieu en Corée du Nord, où Kim Jong Il fait part de son souhait de préparer la transition démocratique qui permettra la réunification de la Corée. En Birmanie, Aung San Suu Kyi est appelée à former un gouvernement de transition.

Mais la fête mondiale se transforme en véritable délire lorsque Claude Guéant, la larme à l'œil, apprend à l'humanité tout entière que Laurent Wauquiez quitte le secrétariat d'État à l'Emploi pour devenir ministre auprès de la ministre des Affaires étrangères, chargé des Affaires européennes.

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C'est beau un homme qui n'a pas peur de ses émotions.

C'est trop pour une seule soirée. Barack Obama n'a plus le choix : il prend la parole pour saluer le génie visionnaire de Nicolas Sarkozy et déclare, ému, que « plus rien ne sera comme avant ». S'engageant à s'entendre avec la Chine pour mettre fin à la guerre des monnaies, il annonce qu'il offre son prix Nobel de la Paix au président français, ajoutant en sanglotant qu'il « le mérite tellement plus que moi ». Même émotion du côté de Tel-Aviv, où Benjamin Netanyahu annonce son souhait de rencontrer au plus vite Mahmoud Abbas afin de fixer au plus tôt les conditions permettant la création d'un état palestinien. Touché, le Hamas déclare renoncer à la violence, tandis que par un message audio Oussama Ben Laden dépose les armes et s'engage à transformer Al-Qaida en ONG destinée à favoriser la paix mondiale et le dialogue entre les cultures.

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C'est beau des traders heureux.

À Wall Street, c'est l'euphorie. Dopé par les annonces stupéfiantes de l'Élysée, le marché s'envole, l'économie mondiale repart brusquement, et au bout de quelques jours, le plein emploi est revenu dans tous les pays du monde. Porté en triomphe par les membres du G20, béatifié par Benoît XVI, prix Nobel du type le plus chouette, Nicolas Sarkozy est finalement élu président du Monde à l'unanimité et peut alors lancer le grand chantier de le refondation du capitalisme et des relations internationales sur des bases de justice et d'équité.

remaniement