21 décembre 2009
Les Chinois l'ont fait
C'est connu, l'UMP n'aime pas internet. L'année dernière, par exemple, l'expert ès-nawak du parti présidentiel, autrement dit Frédéric Lefebvre (toujours lui), nous expliquait que "les trafiquants d’armes, de médicaments ou d’objets volés et les
proxénètes ont trouvé refuge sur Internet, et les psychopathes, les
violeurs, les racistes et les voleurs y ont fait leur nid." Et notre brave Frédo d'oser poser les questions qui fâchent : "Combien faudra-t-il de jeunes filles violées pour que les autorités
réagissent ? Combien faudra-t-il de morts suite à l’absorption de faux
médicaments ? Combien faudra-t-il d’adolescents manipulés ? Combien
faudra-t-il de bombes artisanales explosant aux quatre coins du monde ?
Combien faudra-t-il de créateurs ruinés par le pillage de leurs œuvres
? Il est temps, mes chers collègues, que se réunisse un G20 du Net qui
décide de réguler ce mode de communication moderne envahi par toutes
les mafias du monde."
A l'époque, le but de cette diatribe enflammée était de faire voter par l'Assemblée un amendement faisant passer internet sous la coupe du CSA. Mais hélas ses collègues de la majorité ne votèrent finalement pas sa proposition, et Freddy en fut tout triste.
Pourquoi l'UMP refusa de faire plaisir à sa mascotte, quand tout ce que ça leur coûtait était un malheureux vote, vous demandez-vous.
Eh bien, c'est simple. Ce n'est pas parce que le projet de Lefebvre était trop stalinien que l'UMP le rejeta, mais bien au contraire, parce qu'il ne l'était pas assez.
On a trop souvent tendance à l'oublier, mais l'UMP et le Parti Communiste chinois sont de grands potes. Ils s'apprécient même tellement qu'un protocole a été signé entre le parti de Mao et le parti de Sarkozy.
C'est donc en toute logique qu'un député UMP a proposé la semaine dernière au micro de Radio Courtoisie ("la radio ouverte à toutes les droites", surtout quand elles sont bien à droite), a proposé, disais-je, de nationaliser une bonne fois pour toutes internet en apportant cet argument imbattable : "les Chinois l'ont fait".
C'est assez rare d'entendre un député de droite vouloir nationaliser quelque chose, mais on comprend en l'écoutant que c'est une question de vie ou de mort. Car, si d'après Lefebvre, internet est un repaire de sales types, pour Jacques Myard il est tout simplement "totalement pourri" (sic).
Après tout c'est vrai, puisque les Chinois l'ont fait, pourquoi pas nous ? D'ailleurs, je me permets de proposer quelques petites réformes directement inspirées de l'Empire du Milieu.
Si vous aussi vous voulez aider l'UMP à se rapprocher de son ami chinois, allez donc sur ce site faire vos posters, et envoyez-les moi par mail : fariboles.calembredaines (at) gmail.com
PS : Et hop, un ptit lien pour y voir plus clair dans cette offensive de l'UMP contre internet.
Edith : Et hop hop, la très jolie contribution de Jay :
Content de te revoir, Jay. Et pour les autres : vous voyez, c'est pas compliqué, faut pas être timide.
10 décembre 2009
L'UMP et le lipdub, une histoire d'amour
Souvenez-vous, en juin dernier, à l'occasion des européennes, on avait eu droit à ça :
L'UMP, toujours en phase avec la société, révolutionnait alors le clip de campagne en se mettant au lipdub. Certes, ce n'était pas très rythmé, et puis voir tous ces gens parler avec la voix de Xavier Bertrand, ça pouvait faire froid dans le dos, mais en fait, ce n'était qu'un galop d'essai.
Car aujourd'hui, ce sont les jeunes de l'UMP, les fameux "jeunes pop", qui nous propose leur vision du lipdub. Le résultat se passe de commentaires :
28 septembre 2009
Grand n'importe quoi autour de l'affaire Polanski
Je suis plutôt surpris de voir le gouvernement et l'UMP voler au secours de Polanski et s'étrangler d'indignation à l'idée qu'il puisse être extradé aux États-Unis et jugé.
D'habitude, il me semble que Nicolas Sarkozy, ses ministres et son parti, sont plutôt du côté de la victime que du coupable (même présumé). D'ailleurs, comme nous l'expliquait Frédéric Lefebvre pas plus tard que la semaine dernière, «les coupables sont toujours parmi les prévenus». J'en conclus donc que Polanski est coupable de viol sur mineure de 13 ans, et je ne peux pas m'empêcher de trouver un peu curieux que l'UMP monte au créneau pour défendre un pédophile. Il ne me semblait pas que la légalisation du viol sur mineur faisait partie du programme de la majorité présidentielle, ça a dû m'échapper.
Mais j'ai quand même du mal à comprendre pourquoi le même Frédéric Lefebvre déplore aujourd'hui l'arrestation de Polanski. Enfin, pour être exact, ce qu'il regrette surtout c'est la "mise en scène" et le "côté spectaculaire" de cette arrestation. Et il a raison, mettre en scène des arrestations, faire du spectaculaire autour d'actions de justice, ce n'est pas bien. Je suis d'ailleurs sûr que c'est ce qu'il a dit au ministre de l'immigration à la suite de l'opération spectaculaire effectuée dans la jungle de Calais la semaine dernière.
Une autre source d'étonnement, c'est que Polanski a fui les États-Unis pour éviter d'être jugé, estimant que le procès ne serait pas impartial. Or, ce sont les mêmes motifs qui ont poussé Jean-Pierre Treiber à s'évader, et il ne me semble pas avoir entendu Frédéric Mitterrand ou Bernard Kouchner estimer que Treiber avait raison, et qu'il serait scandaleux que la police essaie de l'arrêter et le force à comparaître. Là encore, je plaide l'inattention, et je ne doute pas une seconde que quand Treiber sera ramené en maison d'arrêt, nos ministres feront part de leur indignation.
Et après tout, le gouvernement a raison : quand on a pas envie d'être jugé, on devrait avoir le droit de le refuser et de s'enfuir. De ce point de vue-là, la France est un bel exemple que chaque pays devrait suivre. Pensez que depuis trente ans, nous avons non seulement accueilli Polanski, mais on l'a même fait commandeur de l'Ordre des Arts et des Lettres, et membre de l'Académie des Beaux Arts. Que les fugitifs du monde entier se le disent, ils sont les bienvenus en France, ils pourront même faire de belles carrières avec la bénédiction de la République.
Mais seulement s'ils sont des artistes, bien sûr. Et encore, des artistes célèbres. Car, comme nous l'expliquent nos ministres, si la France est si complaisante avec Polanski c'est parce qu'il a un "talent reconnu dans le monde entier" (Kouchner), que c'est "un cinéaste de dimension internationale" (Mitterrand), un "grand créateur européen" (Jack Lang) et une "personnalité intellectuelle mondialement connue" pour la nouvelle directrice générale de l'UNESCO.
D'ailleurs, il n'y a pas que les politiques qui considèrent que quand on est connu, on devrait être au-dessus des lois, notamment des lois d'extradition. Ainsi, pour Costa-Gavras : "On ne peut pas arrêter un homme de cette qualité trente ans après une histoire qui a été rabâchée partout et par tout le monde". Voilà, c'est dit, "on ne peut pas". La Société des réalisateurs, quant à elle, nous explique que cette affaire "pourrait avoir des conséquences désastreuses pour la liberté d'expression dans le monde entier" (moi non-plus je ne vois pas le rapport entre une accusation de viol sur mineure et la liberté d'expression, mais bon, si ils le disent).
Bien, on a eu l'avis de Jack Lang, mais vous vous demandez sans doute ce qu'en pense BHL, un autre de ces experts en tout, qui ne peuvent pas s'empêcher d'avoir un avis, et de le donner, même si ça n'intéresse pas grand monde. Et bien, associé à Kundera, Bruckner et Adjani, il exige (oui, quand on est célèbre on peut aussi "exiger" des choses de gouvernements étrangers qui sont des démocraties et des états de droit. Décidément, c'est vraiment bien d'être célèbre), il exige, dis-je, de la Suisse qu'elle libère Polanski immédiatement. Pourquoi ? Pour "ne pas transformer ce génial cinéaste en martyr d'un imbroglio juridico-politique indigne de deux démocraties telles que la Suisse et les États-Unis". Ah bah là oui, si c'est un génie, ça change tout.
En tout cas, vous voilà prévenu : si vous comptez violer une gamine et changer de pays pour échapper à la justice, débrouillez-vous pour être un artiste célèbre. Vous serez peut-être arrêté, mais vous aurez une ribambelle de belles âmes prêtes à vous défendre (et encore, ça marche pas à tous les coups. Regardez ce pauvre Michael Jackson : il a carrément été obligé de mourir pour qu'on mette de côté sa faiblesse pour les petits garçons, sous prétexte que "c'était un artiste célèbre qui a marqué l'Histoire".)
24 juin 2009
L'UMP se fout toujours de nous
Il y a une quinzaine de jours, le succès de l'UMP aux Européennes plongeait le pauvre Brice Hortefeux dans l'embarras. Pensez donc : alors qu'il s'était placé troisième sur la liste de la majorité dans le Centre, histoire de donner un coup de main aux copains, et de se préparer discrètement pour les Régionales de l'an prochain, il se retrouvait élu au Parlement européen malgré lui.
L'anecdote était fort cocasse, et il y avait de quoi se gausser joyeusement.
Sauf qu'en fait, quand on y regardait de plus près, il n'y avait pas vraiment de quoi rire.
Que l'UMP renie ses propres engagements («les candidats siègeront, c’est une règle», dixit Nicolas Sarkozy), passe encore, on est habitué à ce que les partis se foutent de nous. Mais ce que je trouvais quand même un peu dur à avaler c'est qu'un candidat à une élection vous dise sans rougir "Si j'avais voulu exercer des responsabilités au Parlement européen j'aurais été candidat tête de liste (...) J'étais candidat à une place non éligible pour aider, pour accompagner, pour soutenir, pour partager des convictions et pas pour exercer une fonction". Autrement dit, "Oui, je me suis présenté à cette élection, mais non, je ne voulais pas être élu." Ou encore autrement dit, "Vous imaginez quand même pas que je vais quitter les ors de la République pour discuter calibrage de courgettes à Bruxelles ? Je suis pas Rachida Dati, moi, on essaie pas de me mettre au placard". Comment ce grand parti qu'est l'UMP pouvait-il afficher un tel mépris pour l'Europe et pour ses propres électeurs ? J'avoue que j'en restais sans voix.
Heureusement, l'inénarrable Frédéric Lefebvre (qui, je vous le rappelle, n'a aucun lien de parenté avec Jean Lefebvre) était là pour faire taire mon mauvais esprit et m'expliquer LA raison pour laquelle Hortefeux ne devait surtout pas honorer le mandat que les électeurs lui avaient confié : « En période de crise, alors que Brice Hortefeux est l'interlocuteur privilégié des syndicats, je n'imagine pas qu'on se prive de ses services ». Argument massue. En pleine montée du chômage, en pleine grogne sociale, on ne peut décemment pas changer le ministre du travail. C'est logique. Depuis des mois, il négocie (avec le brio qu'on lui connait) avec les partenaires sociaux, il a réussi à construire une relation privilégiée, et paf, il faudrait tout recommencer sous prétexte que quelques retraités n'avaient rien de mieux à faire que d'aller voter le 7 juin (soit dit en passant, si les gens allaient rendre visite à leurs aînés et les occupaient le dimanche, on se retrouverait pas avec de tels résultats) ? Ce n'est pas sérieux. On ne change pas de capitaine en pleine tempête.
Hélas, malgré la brillante démonstration de M.Lefebvre, je suis sûr que quelques esprits chagrins auront remarqué qu'aujourd'hui, M.Hortefeux "l'interlocuteur privilégié des syndicats", a quitté le ministère du travail pour la place Beauveau.
26 mai 2009
Un jour en France
La vie politique est pour moi une intarissable source d'émerveillements.
Tenez, pas plus tard qu'aujourd'hui, Frédéric Lefebvre (le porte-parole de l'UMP qui a souillé à tout jamais ce si joli prénom qu'est "Frédéric", jusqu'alors illustré par des gens comme Chopin, Nietzsche, Barberousse ou votre serviteur), a proposé un amendement permettant aux salariés en congé maladie de ... travailler. Bin oui, c'est triste à dire mais aujourd'hui en France, au XXIe siècle, des travailleurs sont purement et simplement empêchés de travailler par leurs médecins. Face à ce scandale, l'UMP devait agir et redonner aux travailleurs la liberté de travailler même s'ils doivent en crever. Oui parce que pour l'UMP, le travail n'est pas une corvée ou une obligation, c'est une "valeur". Une valeur tellement fondamentale que M. Lefebvre propose de la faire passer avant la santé.
En entendant cette info, j'ai cru à une blague. Mais non, ça a l'air très sérieux. Et en y réfléchissant, je me dis que c'est une idée assez brillante pour régler une fois pour toutes la question du financement de la Sécu. C'est vrai, si les malades continuent à travailler jusqu'à leur dernier souffle, ils cotisent, et ça fait rentrer de l'argent dans les caisses. On pourrait régler de la même façon le problème des retraites, parce qu'après tout, pourquoi les retraités n'auraient-ils pas le droit de travailler eux aussi ? De la même façon que faire travailler des malades revient à leur faire payer leurs soins, faire travailler des retraités revient à leur faire payer leur propre retraite, et comme ça tout le monde est content.
Pour essayer de me remettre de cette lefebvrerie, je me suis effondré devant ma télé, histoire de me changer les idées. Et là, je suis tombé sur les clips de campagne pour les européennes.
Et je suis resté sans voix.
Je pense que c'est une expérience qu'il faut avoir vécu pour la comprendre pleinement. Il faut avoir vu à la suite un clip du Parti radical de gauche qui explique pourquoi le Parti radical ne présente pas de liste aux européennes (si, si, j'vous jure), le clip de "l'Union des gens" ( si vous me croyez pas, vous avez qu'à regarder un peu plus la télé) et, enfin, le clip de la majorité présidentielle (aka l'UMP) qui n'est rien d'autre qu'un lipdub merdique de PME en mal d'idée, et qui nous montre tout plein de gens parlant avec la voix de Xavier Bertrand (encore un type qui a salopé un charmant prénom), pour prendre conscience de l'état de notre vie politique. Et encore, j'ai pas vu les clips du PS, du PDG de Mélenchon ou du NPA, qui doivent pas être piqués des hannetons non-plus. Sans parler des listes antisém... sionistes de Dieudonné.
Tout celà est plutôt affligeant. Et je parle même pas de la façon dont l'UMP a brandi l'indémodable épouvantail de l'entrée de la Turquie dans l'UE, comme si ça avait quelque chose à voir avec l'élection du 7 juin.
Des fois je me dis qu'il y a plein de gens qui n'ont pas de blog pour se défouler. Je me demande bien comment ils font.







