04 novembre 2007
Les grands paresseux de l'Histoire 3
Steve Jobs
Nous sommes dans les années
soixante. Un épais brouillard cannabique recouvre la
Californie, et sur les campus on expérimente avec entrain tout
un tas de nouvelles drogues en devisant gaiement sur la vie,
l'univers et le reste. Parmi tous ces hippies crasseux et mal
coiffés, un dénommé Steve Jobs, junky beau
parleur, rencontre un brave looser, matheux binoclard de service, du
nom de Steve Wozniak. C'est sans doute parce que Jobs, défoncé,
trouva très drôle qu'ils portent le même prénom,
qu'il décida de glander avec un hazbine de l'ampleur de
Wozniak.
Quoiqu'il en soit, le binoclard s'intéresse à l'informatique, alors à la mode chez les jeunes matheux californiens. Jobs n'y comprend pas grand chose, mais se dit qu'il y a là de quoi se faire un paquet de pognon sans en foutre beaucoup, Wozniak s'occupant de toute la partie chiante. Lui prend en charge la partie créative (c'est-à-dire qu'il se défonce et monologue interminablement).
C'est ainsi qu'entre deux trips, Jobs fait cette constatation: tant que seules les grosses têtes à la Wozniak auraient accès à l'informatique, les ordinateurs n'auraient aucun débouché commercial. Alors que si on concevait des ordis spécialement pour les feignasses dans son genre, vaguement intéressés et clients potentiels mais trop fainéants pour apprendre la programmation, on deviendrait riche. Du moins si on parvenait à trouver quelle utilité un particulier aurait d'un ordinateur, nota Wozniak. Programme, je m'occupe de vendre, répondit alors Jobs.
Partant de là, il ne s'agissait plus qu'à trouver un moyen pour que l'utilisateur puisse interagir avec son ordinateur sans se farcir des lignes de codes. Or c'est là que se révèle tout le génie paresseux de Jobs: au lieu de se creuser un peu la tête, il préfère s'épargner cette fatigue inutile et s'empresse de faucher le concept d'interface graphique/souris à des grosses têtes de Rank Xerox.
Ce brillant fait d'arme, ce parti pris du moindre effort dans la conception de l'ordinateur pour feignasses (baptisé Paresseux Computer, ou PC) qui permet à des branleurs dans mon genre d'avoir accès à l'informatique, suffirait à faire entrer Steve Jobs au panthéon des paresseux. Mais l'homme a plus d'un tour de feignasse dans son sac.
En effet, dans les années 90, Apple va pas fort. L'entreprise décide donc de faire appel à son père fondateur, son grand timonier à elle. Steve revient aux manettes avec une idée molle révolutionnaire: « Vous voyez la New Beetle de Volskwagen? Bin on va faire pareil. » Faire passer un vieux produit pour une super nouveauté du futur uniquement grâce à la magie du design, c'est le pari fou et incroyablement paresseux de Steve Jobs avec l'iMac. Et ça va marcher du feu du dieu (même si après cette belle réussite, le designer d'Apple semble avoir été atteint à son tour de flemme chronique, optant pour un design « minimaliste » et blanc. Bin oui, c'était épuisant à dessiner toutes ces courbes et ces couleurs.)
Ca va même marcher tellement bien qu'à chaque fois qu'on va demander une innovation à ce cher Jobs, il va ressortir la même idée, témoignant là d'une admirable constance dans la paresse. Par exemple, on prend un baladeur mp3, on le passe à la feignasse du design qui sort son équerre, son compas et son pot de peinture blanche, et hop, on a l'iPod. On prend un smartphone, pas un haut-de-gamme, non, le smartphone de base comme HTC, par exemple, en fait depuis des années, on colle dessus le logo à la pomme, et hop on a l'iPhone (là où Jobs est décidément costaud, c'est que Cisco avait déjà un téléphone wifi appelé « iPhone ». C'est fou, il a même pas inventé le nom... Quel talent.)
Et comme d'hab, ça crée le buzz, les médias en peuvent plus, et plein de gens s'imaginent vraiment que l'iPhone est une révolution. A la rigueur, oui, il est révolutionnaire dans la mesure où le designer d'Apple semble avoir découvert le pot de peinture noire.
L'avenir d'Apple, porté par la molle vision prophétique de son gourou, semble donc radieux. Qui sait ce que le cerveau génial de Jobs nous réserve pour demain? Une iCafetière, un iAspirateur ? En tout cas, une telle carrière de branleur force le respect.
09 octobre 2007
Les grands paresseux de l'Histoire 2
Suite de notre série didactique sur les grands noms de la paresse à travers l'Histoire.
Quand on voit l'énergie que dépensa M. Chirac pendant soixante ans pour accéder à la magistrature suprême, on peut légitimement se demander s'il a sa place parmi cette prestigieuse liste de grands paresseux à travers l'Histoire. Et pourtant...
Notre histoire commence en 1997. Cela fait maintenant deux ans que Jacques a réalisé le rêve de sa vie: être logé à l'Elysée, tous frais payés par le contribuable. Autant dire qu'il est pas peu fier. Certes, des logements de fonction gracieusement mis à disposition par la République, il en a essayé quelques uns, mais Jacques a toujours été ambitieux, et il n'a jamais considéré l'hôtel Matignon ou la mairie de Paris que comme des pis-aller en attendant de décrocher la timbale. Bref, en cette année 1997, Jacques devrait être le plus heureux des hommes. Hélas, le sort en a décidé autrement.
Dès 1995, et à sa grande stupeur, Jacques n'avait pas tardé à se rendre compte que les Français avaient cru à ses promesses, à ces histoires de « fracture sociale » et toute cette sorte de foutaises. Aussi, quand le nouveau président avait annoncé qu'il n'appliquerait pas une ligne de ce qu'il avait promis, le peuple avait été passablement déçu, et s'était mis d'accord pour lui en faire baver. Ainsi débutèrent deux années difficiles pour Jacques, pleines de grèves, de protestations et de chutes dans les sondages.
En 97, la situation était devenue critique. L'heure était aux décisions. Puisque le peuple ne voulait pas laisser Jacques présider tranquille, il allait agir. Après avoir longuement réfléchi, le président se trouva face à deux alternatives: se retrousser les manches et affronter cette histoire de fracture sociale à bras-le-corps, réveiller l'espoir suscité par son élection pour mener les réformes indispensables à la survie du pays et devenir ainsi le plus grand président depuis de Gaulle, ou alors, démissionner.
La première de ces solutions ne plaisait guère à Jacques: ça demandait bien trop de boulot, et ça ne correspondait pas à l'image qu'il se faisait de son poste. Quant à la deuxième, il préférait ne pas y penser. C'est alors que lui vint une idée géniale: la dissolution de l'Assemblée Nationale.
Certes, refiler la patate chaude au futur premier ministre issu d'une nouvelle majorité était un aveu d'incompétence, mais au moins, Jacques était sûr qu'après ça on lui foutrait la paix jusqu'en 2002. Le résultat dépassa ses espérances puisque l'opposition emporta les élections. La cohabitation, le Jacques, il connaissait ça bien. Il savait exactement ce que ça voulait dire: en tant que président il en branlerait pas une, se contentant de critiquer le gouvernement de temps en temps pour pas qu'on l'oublie. Les cinq années qui suivirent furent sans doute les plus belles de la vie de Jacques.
Avec sa réélection de 2002, on pouvait croire que les beaux jours étaient finis pour Jacques, et qu'il allait être obligé de se mettre sérieusement au boulot. Elu avec plus de 80% des voix pour faire barrage à l'extrême-droite, il avait une responsabilité historique, comme aucun président n'en avait eue depuis de Gaulle (one more time). Il devait incarner la France, représenter tous ces millions d'électeurs qui avaient voté pour lui à contre-coeur, il devait dépasser les clivages traditionnels pour faire sortir le pays de la terrible crise d'identité qu'il traversait.
S'il avait fait tout ça, il n'aurait pas sa place ici. Mais Jacques, en indécrottable feignasse, préféra passer les cinq années de son dernier mandat à ne rien faire de plus que les cinq années précédentes. En tout, il aura donc passé douze ans à se prélasser à l'Elysée sans qu'on puisse retenir quoique ce soit de sa présidence (si quand même, il a grâcié Guy Drut). On peut dire qu'il a inventé le concept de pré-retraite présidentielle. Franchement, s'être battu toute sa vie pour atteindre la fonction qui confère le plus de pouvoirs au monde, tout ça pour ne rien en faire, voilà une démarche qui mérite toute notre considération. Et qui permet d'échafauder les hypothèses les plus folles: et si, après tout, Jacques Chirac n'était entré en politique que pour éviter d'avoir à se chercher un appart ? Si toute sa vie n'avait été dirigé que vers ce seul et unique but: être logé à l'oeil, sans se farcir les petites annonces ? Peut-on imaginer dépenser autant d'énergie par simple flemme ? L'hypothèse est séduisante. Dans le doute, accordons à notre ex-président une place bien méritée dans la liste des grands paresseux de l'Histoire.
30 septembre 2007
Les grands paresseux de l'Histoire 1
Nous entamons aujourd'hui une série de billets consacrés à quelques uns des plus grands noms de la flemme à travers les âges. S'il est facile de ne rien foutre de ses journées, ces hommes sont parvenus à repousser les limites de la fainéantise, en se donnant parfois beaucoup de mal. Ils sont les Picasso de la paresse, les Léonard de Vinci de la glandouille, et méritent à ce titre tout notre respect.
Waldemar Winnifred Webster
Waldemar est un de ces paresseux dont le XXème siècle peut à juste titre s'enorgueillir. D'ailleurs, lorsque la prestigieuse Fondation Mondial pour la Promotion de la Flemme dut remettre le Prix Feignasse du Millenium, il s'en fallut d'un cheveu pour que Webster l'emporte (comme chacun sait, c'est finalement Sir John Weyland Remote, sur qui nous reviendrons, qui gagna d'une courte majorité).
Comme c'est hélas le cas pour beaucoup de grands paresseux, l'Histoire ne retint pas le nom de Webster. Pourtant, chaque jour, des milliards de fainéants à travers le monde lui rendent hommage sans le savoir. Car Waldemar Winnifred Webster n'est autre que l'inventeur d'Internet.
La légende raconte que tout petit déjà, Waldemar considérait comme une torture inhumaine l'idée de devoir bouger son gros cul de son lit pour aller à l'école. C'est donc à l'âge de sept ans qu'il invente la première de ses grandes contributions au bien-être de l'humanité, les cours par correspondance.
Mais c'est à l'adolescence que le génie paresseux de Waldemar explose réellement. En effet, à l'âge de la puberté, alors que ses hormones le tiraillent mollement, le jeune Webster invente coup sur coup le téléphone rose et le porno à la télé. S'ensuivent tout un tas de brillantes découvertes parmi lesquelles on peut citer les livreurs de pizza, la vente par correspondance, France Loisirs, et, enfin, dans les années 80, le Minitel.
Pourtant, ces avancées majeures dans le domaine de la flemme ne suffisent pas à Webster qui doit toujours sortir pour faire des courses, aller au cinéma, ou rencontrer des gens. Car Waldemar a bien compris la limite de sa démarche de réclusion volontaire: comment faire pour partager son expérience de feignasse avec les autres feignasses dans son genre, qui, par définition, passent leurs journées enfermées dans leur chambre? C'est alors que lui vient une des plus brillantes idées du siècle, son chef d'oeuvre, la conclusion logique de son ambition visant à faire entrer le monde dans sa chambre plutôt que de lever son gros cul pour sortir: Internet.
Après des années de paresseuses recherches, son invention est enfin au point dans les années 90. Plus qu'un nouveau média, ce que vient d'inventer Webster (et qui sera rapidement surnommer le Web, en hommage à son génial inventeur) libère enfin l'Homme de l'obligation de sortir de chez lui. Il peut maintenant passer toute sa vie cloîtré dans sa chambre, tout en ayant une vie sociale.
Hélas, Waldemar ne verra jamais l'incroyable succès de sa création, puisqu'il meurt étouffé sous son gros cul en 1996. On invente alors le préfixe « www. » afin que son souvenir demeure vivant chez chaque internaute, obligé de frapper ses initiales plusieurs fois par jour.



